Nous étions trois à 13h 02 l’autre samedi. Notre bord reste néanmoins ouvert, aux moussaillons comme Érik le rouge (le Post intitulé La Quille), comme à ceux qui ont la sagesse de l’homme à barbe, BH. Reçu ce matin dans une bouteille à la Seine, ce message de Benoit Heimermann, qu’on déplie devant vous.

 « À mesure que les voiliers blessés rentrent au port, gonfle le sempiternel credo des partisans de  » l’arrêt au stand « . Tant d’efforts, d’argent, pour en arriver là ! C’est trop injuste et, économiquement parlant, irrecevable. D’autres courses autour du monde – la Barcelona pour ne citer qu’elle – consentent à leurs concurrents quelques dérogations en cours de voyage. La possibilité de mettre éventuellement le clignotant, de réparer avec l’aide d’un tiers et de repartir derechef avec, juste, un handicap horaire calculé de manière équitable.

Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, victorieux de la dernière édition de ce tour du monde en duo, ont profité par exemple de cet avantage. Pourquoi pas la même chose pour le Vendée plaident ceux (concurrents mais surtout annonceurs) qui s’estiment trop rapidement dépossédés d’un investissement souvent conséquent.

 Que le bon sens préserve les organisateurs du Vendée ! En soit, cette course est une exception et il serait bien venu qu’elle le reste. On irait même jusqu’à avancer qu’elle n’a de chance de le demeurer (exceptionnelle) que si, précisément, elle se démarque de la norme. Bien sûr qu’il est douloureux de voir Guillemot, Davies, de Pavant, Burton, Beyou lever les pouces. De manière si précipitée et si soudaine que l’on admettrait qu’il faille, les concernant, parler d’injustice. Sauf que l’injustice (comme la malchance ou la fatalité) fait partie du Vendée. Non à l’aide extérieure ! L’Éverest de la voile (puisque cette comparaison est rebattue à l’envie) ne doit surtout pas déroger de l’un des fondements principaux. Et ce d’autant moins qu’existent somme toute certains palliatifs.

Retourner aux Sables d’abord où une aide externe est acceptée et repartir. C’est le choix qu’à fait de Broc et envisagé Burton. Mais il en est d’autres. Réparer en cours de route bien sûr avec qui veut ou voudra, et reprendre la mer «  hors course  ». Les premières éditions du Vendée nous disent cela. Bien sûr que Carpentier (en 89-90), Gallay (en 92-93), Autissier et Parlier (en 97-98), Chabaud et Dinelli (00-01) ont, chacun leur tour, souffert de devoir abandonner le cours normal de la compétition, mais ils ne se sont pas moins persuadés, les uns et les autres, de l’intérêt qui était le leur de ramener leur bateau «  à la maison  ».

Est-ce que le public leur en a voulu ? Est-ce que les spectateurs des Sables furent moins nombreux et moins enthousiastes à leurs arrivées ? Est-ce que leurs annonceurs n’ont pas profité de ce tour complet pour poursuivre la motivation de leurs troupes en interne ? Sincèrement qui, au cours de ces années là, faisait la différence entre un concurrent arrivé 7è ou 10è et un autre arrivé H.C. Chacun naviguait à son rythme, chacun avait son histoire à raconter.

Ce qui a changé peut être c’est la manière un tant soit peu précipitée dont certains concurrents renoncent. Pour de bon et jusqu’à la prochaine édition. Il y a quatre ans, on a enregistré dix-huit abandons (sur vingt-neuf inscrits) et aucun d’eux qui n’a trouvé intéressant de «  boucler la boucle  ». Avec un bateau démâté ou délaminé on comprend. Mais un problème de safran ou une rupture de barre de flèche doivent-ils interdire toute prolongation de programme ?

Le Vendée aurait tort de remettre en cause ses fondements. La loi de la mer est cruelle, mais conquérir l’impossible suppose des prédispositions du même tonneau. Et, peut-être, un peu d’imagination en sus… »

Benoît Heimermann