Longtemps les marins n’ont fait ni phrases ni photos..

Tabarly maugréait. Poupon renvoyait le journaliste dès sa première question. Lamazou snobait les vacations. Terlain causait aux mouettes.

Ce qu’ils entreprenaient suffisait. Fallait nourrir l’imaginaire avec des bribes.

Et puis…

Et puis Ellen a mouillé en direct la lentille de la caméra.

On demande quoi à un marin qui va, physiquement et moralement, là où le péquin n’ose pas?

De l’authenticité peut-être. On voudrait qu’il ait largué le amarres, pour en

avoir eu marre de ce paraître qui est supérieur à l’être, qu’il soit porteur, pour nous, de ce message..

Mais il faut des images. C’est même imprimé dans le règlement. C’est même noté à côté des milles parcourus dans le classement journalier. C’est le palmarès des « contenus médias. » Sur le haut du podium, Sanso 45 envois, devant Gabart 40 et De Lamotte 38

On voit quoi ?

Dick tient par la queue un poisson qui ne volera plus. Et se pose une « question transcendentale. » Comment donc Parlier a pû mourir de faim (ou presque) en remontant un Atlantique truffé de poissons volants ?

Le Cam promène son regard sur ses cordes de couleurs lovées en serpents désordonnés. Et évoque un Picasso « qui n’aurait pas fait mieux. »

Gabart raconte la terre avec un pamplemousse rose à défaut d’orange bleue.

Stamm déballe son anniversaire et son sac à petites culottes sales.

De Lamotte se grime en pubard du 118-218 dans une séance de gym tonic. 

 

Qu’est-ce qui appartient encore au sincère, au vrai, à l’authentique ?

Qu’est-ce qui n’est que mise en scène ?

C’est parfois marrant, c’est parfois intelligent, c’est parfois touchant.

Mais c’est comme à la télé. On n’est pas obligé de tout regarder.