Jean-Pierre Dick a le ronchonette polie. Question d’éducation, question de timidité. Quand il vaque aux occupations médiatiques et devise sur les fameuses portes, passages obligés pour s’éloigner des seins de glaces qu’on ne saurait voir, ça donne ça : « C’est une vision moderne de la course, ça change tout, autrefois on gérait des dépressions, maintenant on gère des anticyclones. » En langage moins châtié ça donnerait ça : « lls m’emmerdent avec leurs conneries de points de passage. Bientôt on laissera les Maldives au Sud. C’est quoi cette course qui s’aseptise et qui n’est plus la même. »  

Autrefois, le globe-flotteur montait dans le train des dépressions, c’était scenic-railway avec les albatros pour témoins ultimes, ça secouait, ça avançait droit, et un voyage c’est quand même aller d’un point à un autre, ça s’inscrit dans une évidence, c’est naturel.

Aujourd’hui, le régatier descend du train, abandonne sa dépression, se coltine les pièges infâmes d’un anticyclone, pour aller pointer, zig-zag sans logique apparente, comme dans une course d’orientation en zig-zag…

Ça fait débat permanent au Nautic.

Comme le buffet de la conf de presse du tout beau nouveau Tour de France à la voile n’était pas encore ouvert (avec en guest star des engagés, Francky Cammas et probablement Tom Coville, un ex du Vendée Globe), on causait glaçons des  mers avant glaçons de verre.

Il y avait là, dans l’ombre qui est leur territoire, quelques seconds des marins en mer, et donc les premiers à terre, ceux qui ont ligne direct et non diplomatiquement correcte avec ceux qui sont là-bas.

Laurent Simon, bras droit de Jean-Pierre Dick, décodait son skippe r: « Il est super énervé par ces histoires de porte. » Tout ce qui ne s’était pas entendu, ou à peine, à la vacation.

Jean-Paul Roux, membre des broken arms, l’équipe de Michel Desjoyeaux, qui assure la logistique de François Gabart, se permit alors d’intervenir. Il peut. Oreille de Desjoyeaux, et maintenant oreille de Gabart, après avoir été celle d’Auguin, vainqueur qui se fait oublier quelque part en Amérique du sud, mais vainqueur pour toujours. Roux donc : « Eh les mecs, je me souviens trop de Christophe (Auguin)  m’appelant. Il était entouré de glaces. Et il me disait : Je-fais-quoi-là ? Comment je-m’en sors ? »

Il n’y aurait donc pas débat

Dans la poche on avait une photo. On l’a ressortie (voir Post « Mais il est où? »). Elle est signée du météorologue-navigateur Jean-Yves Bernot (photo)C’était sous les 60èmes, lors d’un lointain Tour du Monde en équipage.

« Ceux qui me disent que pas aller dans le Sud c’est nul à chier, je leur mets la photo sous le nez. Ça c’est une vague (au premier plan), ça c’est un growler (au second plan). Du coup y en a moins qui font les cacous. »

Le buffet pouvait s’ouvrir. Sans rocks, mon Martini blanc.

PS: À lire aussi dans l’Équipe-Magazine d’hier.