Le robot n’est pas le pire ennemi de l’homme. Pas encore. Ca viendra, mais on dispose encore du

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pouvoir de le faire cesser de bouger, et celui, ô combien précieux, de le faire taire. Au cours des 98 jours que Tanguy a passés en mer, on en a quand même un peu douté, parfois, tant la mécanique semblait avoir pris le pas sur l’homme. Tant la destination de l’objet, Nao, avait mis sous l’éteignoir la route de Tanguy. Un match infini entre les vrais sentiments et les bons sentiments, les uns se nourrissant de pudeur, les autres alimentant jusqu’à l’ostentatoire, parce que c’est ainsi que ça marche.

Le profond respect que je nourris pour Tanguy avait fini par se teinter de scepticisme. Peut-être parce que je suis un peu idiot et que j’avais oublié que je le suis. Idiot. Peut-être parce que j’avais oublié que ce que dit le communicant n’est pas ce que pense l’homme. Peut-être un peu parce que, à force de jouer sur le registre du porte-parole, Tanguy avait fini par éteindre la sienne, de parole. Erreur de lecture, de mise en perspective, sans doute, mais j’avais l’impression que, en mêlant ainsi le bleu de son sang au rouge du coeur qu’il portait dans ses voiles, Tanguy s’était un  peu violé.

Oui… mais non. Il aura fallu une arrivée dans le chenal pour réaliser que Tanguy avait fait, comme ceux qui l’avaient précédé, comme celui qui bientôt le suivra, le tour du monde par les trois caps. Et, qu’ainsi, il avait vécu la même histoire de sport et d’aventure, les mêmes déraisons physiques et les mêmes casse-tête techniques, les mêmes trouilles et les mêmes victoires sur lui-même.

(Photos DPPI : Jean-Marie Liot en mer, Olivier Blanchet à terre).

Il aura fallu un atterrissage protocolaire sur le ponton des Sables pour comprendre le sens profond de sa générosité et de celle de ceux qui l’ont accompagné dans son projet. Finalement, ça sert à quelque chose, le protocole : ça encadre un destin. Il y a eu des enfants sauvés et il aura fallu que Tanguy partage physiquement sa joie pour qu’on cesse de penser à tous ceux qui ne le seraient pas. Sauvés. Parce que, en fin de compte, nos petites sociétés sont tellement vérolées par l’individualisme, le pouvoir et l’indifférence qu’il aura fallu l’alliance d’un homme parti faire le tour du monde, d’un sponsor concerné, d’une association engagée et la mise en place d’un barnum très bavard, nécessairement bavard, pour que quinze ou dix-huit enfants soient sauvés d’une mort certaine.

Je comprends

mieux maintenant pourquoi Tanguy, pendant trois mois, a oublié de parler de lui (parce que c’est ça qui me dérangeait) : il partait pour quelque chose plus grand que lui. Il en revient en excellent marin et en sacré bonhomme.

Le Vendée Globe de Tanguy, c’était une histoire de coeur et, contrairement aux histoires d’amour, les histoires de coeur finissent bien, en général.

 

P.S.: Après avoir lu sur thé huit heures une réflexion pertinente de Christophe Baudry. Oui, excellent marin (un « Top Gun » pour Christophe) et sacré bonhomme, Tanguy l’était déjà avant de partir. Il me reste un souvenir de sa conférence de presse de lancement de projet, avant le départ, donc. Du beau linge était présent, sa marraine, Virginie Effira, happait les suffrages et les flashes. Tanguy, lui, il avait invité à la conf’ le prof d’EPS (on disait encore ça à l’époque…) qui l’avait initié à la voile, au collège. Ca pose un bonhomme, non ?