Parfois la voile tient salons à Paris. On y cause très fort quand y a rien à dire; on y chuchote quand y a beaucoup à dire. Ca intéresserait un psychanalyste.    canapé

Le premier salon, presque privé, se tenait un mardi matin prés des Champs. L’invitation personnalisée, évoquait un « collectif ultim« . L’adresse, le Renoma Café Gallery, loin d’un quelconque maquis d’encagoulés, suggérerait qu’on serait en bonne compagnie. On y trouva un trio sur fauteuil -les envoyés de Sodebo, Banque Populaire et MACIF, qui nous vendit quoi? Un tour du monde en multicoques en solitaires sur des géants (minimum 80 pieds) tous ensemble (Coville, Le Cléac’h, Gabart) en 2017. C’est pas demain.

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L’idée, que tout le monde revendique n’est pas neuve. Seuls trois valeureux (Joyon, McArthur, Coville) ont réussi la manoeuvre mais chacun de leur côté, sans pression excessive. Quand des hôtes tiennent salon, on se tient bien, on fait gaffe à pas renverser de café sur le voisin, et on ouvre les écoutilles. On griffonne des mots entendus: « gouvernance agile », « on est Darwininen », »ADN commun », On reprend de la confiture d’abricot. Et puis quand même, on ose deux remarques. C’est bien beau la théorie de l’évolution, l’envie de faire plus fort, mais le Darwinisme c’est aussi le plus gros qui bouffe le plus petit, en clair quand Gabart aura mis à l’eau et réglé son tri révolutionnaire, pourquoi Coville et son viel esquif viendrait faire le nombre? Et puis c’est bien beau le trio qui s’adore, mais en leurs temps héroïques, Kersauson et Peyron avaient été un de trop pour s’entendre et faire course commune? Là les réponses furent grommelées. 2017… C’est loin. On ne sait même pas où en sera la presse écrite.

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Le deuxième salon, totalement public, c’est le Nautic. C’est Brest, la Forêt Fouesnant, Lorient, la Trinité et La Rochelle qui se vident dans Paris et leurs maisons qui sont vidées par les cambrioleurs pendant ce temps là. C’est bizarre un marin sans bateau à la capitale. Ca chaloupe atteint par le mal de terre. Ca accepte de boire des bulles infames dans des coupettes en plastique. C’est pas toujours sapé très Kooples. Ca fait des efforts car c’est là qu’il y a des sous. Ou pas.

On y chuchote à propos du salon d’avant, celui du collectif ultime. On cherche ceux qui n’y étaient pas, les individualistes du collectif, ceux qui chevauchent un long bateau et qui pourtant restent en dehors. Tiens voilà Lionel Lemonchois, la gentillesse bourrue, en partance pour un Port-Louis Port-Louis qui n’est pas une route sans milles, mais un record entre le Port-Louis en face de Lorient et le Port-Louis où l’on débarque sur l’Ile Maurice. Ca s’appelle aussi la route des épices. Record: 26 jours par l’inévitable Francis Joyon. En 2017, Lemonchois s’imagine bien les orteils en éventail. « j’aurais fait fortune, j’aurais un bateau de croisière et je me baladerais. » Lemonchois aura 57 ans et surtout un bateau obsoléte: « qu’est ce que tu veux que j’aille y faire? » Lemonchois dit aussi que « c’est bien qu’il y ait cette initiative. » Ce sera pas pour lui.

On cherche ensuite Francis Joyon. C’est pas trop le genre à monter à Paris. Il a mer tous les jours, en petit cata, en planche ou en n’importe quoi. On tombe sur un de ses hommes de confiance. Qui dit quoi? « qu’est-ce que tu veux que Francis aille y faire? Ramasser les bouées? Avec un bateau qui ira quinze pour cent moins vite que le nouveau bateau de Gabart… » Et Francis aura la soixantaine.

C’est facile les idées.

Tiens voilà Philippe Monnet. Tintin vieillissant mais toujours ébouriffé qui râle contre la France anesthésiée, qui peste et péte contre ce monde « qui ne s’amuse plus. » Lui vend un Tour du monde de trois bateaux (dont l’ancien catamaran d’Ellen McArthur) où il en profiterait pour raconter de belles histoires et c’est vrai que côté langue il est fortiche. Son projet c’est trois villas Médicis sur l’eau. Il a « un tiers du budget ». Il repousse. Toutes les calendres ne sont pas grecques.

Le salon a envie de s’amuser. Mais c’est plus morose que rose. Deux courses intéressantes ont discrétement été repoussées du calendrier 2014. La Krys Ocean Race (Brest-New York) initialement réservée aux MOD 70 qui ont encore un mât, et la Solidaire du chocolat, repère des classes 40. On aperçoit Damien Grimont, l’homme qui devanca Michel Desjoyeaux sur la mini-transat, désormais organisateur de la solidaire, se démener en rendez-vous, pour sauver son idée. On ne croise pas Franck David, son homologue de la Krys, qui s’est fait beaucoup d’inimitiés en voulant secouer à sa façon un milieu souvent conservateur. La solidaire renaîtra peut-être. La Krys on en doute. Faudrait des volontaires. Laurent Simon, l’associé de Jean-Pierre Dick est clair: « on va passer à autre chose. » Le bateau dématé est à vendre. Jean-Paul Roux, le bras droit ou gauche du statuaire nautique Michel Desjoyeaux, avance presque la même chose: « le bateau est pendu au plafond du chantier, on va en faire des guirlandes pour Noël. » On peut rire de tout. Passe Jean-Pierre Dick, fils génétiquement illégitime de Jacques Tati. Il a dématé avant la transat Jacques Vabre 2013. Il est sans bateau de course ni programme. Il signe une bio en images. Il part en croisière antillaise pour quelques mois. Michel Desjoyeaux, lui, à ce qui se dit, pourrait s’occuper en Figaro. C’est pas idéal mais y a pire.

En 2014, une route au moins sera fréquentée, celle qui va au Rhum. Les politiques Guadeloupéens sont montés en brochette au salon. Les canons à confettis ont précédé l’annonce du sponsor de la course. Suspens: c’est, c’est, c’est, c’est…… « la région Guadeloupe. » ….  Euh?….. Traduit en non créole: les organisateurs n’ont pas trouvé de successeur à la Banque Postale. C’est quand même pas bon signe. C’est quand même mieux pour le nom qui reste vierge de pub. C’est de toute façon une bien belle course.   RHUM

 

 

A part ça on a vu trois filles discuter pas comme des filles, plutôt en skippeuses qui préparent un coup commun. Flo Arthaud, Karine Fauconnier, Jeanne Grégoire. On n’a pas osé demander ce qu’elles fomentaient. De peur peut-être qu’elles nous chuchotent, que non, décidément 2014 c’est pas l’année, et qu’elles n’ont rien sous le coude, sinon la capacité à le lever pour boire des coups en évoquant des hiers… 

C’est dur les salons.