Vu du phare du Créach, sur Ouessant, son naufrage ressemble à une grosse faute professionnelle.

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Vu du phare noir et blanc du Créach, les yeux de l’homme de terre ne portent pas jusqu’à 200 milles au large.

Vers Noël, Bernard Stamm s’est battu avec la mer. Il chevauchait des vagues « de huit mètres » creusées par des vents « de 35 noeuds« . Il était avec Damien Guillou. Le 60 pieds trappu qui les accompagnait, Cheminées Poujoulat s’est « cassé en deux. » Cheminées Poujoulat a les voiles griffées par un gros chat noir dessiné.

Avions, hélicos, radeaux, câbles, cargo, filets…  ils ont lutté une nuit pour ne pas glisser eux-aussi au fond de la mer profonde. Le témoignage est glaçant.

http://www.europe1.fr/Sport/Multisports/Articles/Bernard-Stamm-Le-sauvetage-s-est-bien-fini-mais-ne-s-est-pas-tres-bien-passe-1753609/

Ils sont rentrés.

Dimanche, il faisait venteux sur Brest. Bernard a décroché le téléphone après un silence de terre d’une paire de jours: « ca va mieux. » Les toubibs lui ont opéré sa main, harponné par des myriades de morceaux de carbone; « Quand ça casse c’est du hérisson. » Et la tête elle va? Souvent le marin oublie qu’il n’est pas qu’un dur. « Ca va… Un peu… Je suis pas mal soulagé d’être revenu à deux. A un ca aurait été compliqué. A zéro ça aurait été dramatique mais…. »

Vu du phare d’Ouessant on s’est tous regardé, ceux qui s’accoudent pour les voir partir, ceux qui ont le bonheur insigne de partager leurs récits de bordées. On s’est regardé et on s’est demandé. Qu’est-ce qu’il foutait là, alors que le continent se calfeutrait pour contenir Dirck, funeste tempête qui s’énervera par à coups à plus de 150 km/h?.

« J’ai une femme, deux enfants, je ne suis pas kamikaze » entonne Bernard.

Personne n’a envie de casser du Stamm. L’homme est attendrissant, sincère, direct, chaleureux. C’est comme s’il attirait la sympathie. Alors personne, dans ses vraies connaissances, ne souhaitait faire des lignes avec l’encre de son infortune.

C’est donc le sort qui s’acharne sur lui. « C’est peut-être lui qui s’acharne sur le sort » renversait une bonne amie. Peut-être quand même.

Stamm le marin a bouclé deux tours du monde avec escales devant les autres (2003 et 2007).. Même avec une concurrence modeste ça se range dans les crédits. En revanche, il n’a jamais vu officiellement le bout du Vendée Globe. C’est comme s’il n’était pas souvent là où il fallait être.

Une année il s’arrête au Cap Vert bateau mal bricolé. Une autre, il mouille, puis s’échoue sur les cailloux acérés des Kerguelen. La dernière fois, il s’abrite dans une baie oubliée de Nouvelle-Zélande, sur l’ile Enderby, s’échine à réparer ses sources énergétiques, s’accouple à un inattendu bateau russe, se fait disqualifier pour une assistance involontaire.

S’il n’y avait pas les aventures de Stamm le marin, la mer s’ennuierait. C’est aussi pour ça qu’on a besoin de lui.

Est-ce qu’il faut que ce soit de la faute de quelqu’un, de lui par exemple?

« On convoyait le bateau. On rentrait de la Transat Jacques Vabre. Je voulais pas attendre de le mettre sur le cargo. C’est un mois de plus au minimum. Je voulais qu’on entre en chantier. Depuis deux ou trois jours on était à 60 pour cent des polaires (NDLR: de la vitesse potentielle). On va pas en mer que quand il fait beau, Mais on forçait pas. Y avait la tempête sur la Bretagne, mais nous on avait pas ces vents là. On était au portant ce qui est pas le plus pénible pour le bateau, on avait quatre ris dans la grand’voile (NDLR: au plus bas possible), et un tourmentin (NDLR: petite voile de tempête). On essayait les hydrogénérateurs (NDLR: qui produisent l’énergie de bord). On avait le frein à main, on était à douze-treize noeuds, on ne forçait rien. Ca commençait à faire de beaux talus mais pas plus. Si un bateau se casse en deux comme ça, c’est pas la peine de faire le tour du monde avec… »

Vu du phare de Créach, c’est pas vu du bateau.

« Y a forcément eu un problème de structure. On va essayer de remettre le contexte en place, reprendre les calculs théoriques. Y a une couille quelque part. J’ai une étiquette de tête brûlée mais c’est pas moi. Je suis toujours réfléchi. A aucun moment je me dis ca devrait le faire, j’y vais si je suis certain. Tu me verras jamais au Raz Blanchard par tempête. »

Bernard déniche des excuses à ses infortunes répétées. Une quille (2004) « avec une erreur de conception avérée« , une rencontre avec un container (2011) « qui m’a privé de deux transats » et donc de quelques centaines de milles d’expérience en plus.

Le sort?

« Moi je me trouve plutôt chanceux d’être revenu. Quand j’avais perdu ma quille entre le Groenland et Terre-Neuve et que le bateau s’était retourné, je pouvais passer deux semaines dessus peinard ou presque. Alors que là on n’est pas passé loin. »

Créach reverra t-il passer Bernard Stamm? Un mécène avait financé la construction. Un sponsor jaune et noir payait pour le fonctionnement. Un nouveau mat et une nouvelle quille venaient d’être commandées.

« Je viens de rentrer, des questions y en a pas mal. »

Sur le long cargo norvégien, équipé de Philippins, qui a récupéré Bernard et Damien, tout le monde a joué à Noël comme des bons vivants. « Une grosse bouffe. » Et après, y avait un loto. Bingo. Bernard a gagné le gros lot. « C’est un kit de survie pour la voiture avec les pinces crocodiles et tout ça. »

Si c’est pas de la chance. S.L’H

StammLEbars

Portrait photo 2012 by Bernard LE BARS

« La première fois que j’ai rencontré Bernard Stamm, je pensais photographier un dur à cuire ayant la réputation, en mer, d’envoyer du lourd et aussi de ne pas toujours arriver à bon port. Je fus déjà impressionné par les lignes élégantes et la puissance dégagée par son bateau. Je découvris un homme accueillant, disponible et d’une grande douceur, qui me fit visiter son intérieur dépouillé, sombre et caverneux où tout était en ordre. Il se raconta avec franchise et humour en laissant trainer une pointe d’accent indéfinissable. A travers l’objectif, je guettais un visage aux traits fins, coiffé d’une tignasse bouclée qui me faisait penser un peu à une statue grecque. Sur son bras gauche, un imposant tatouage montrait que l’homme avait dû en voire des choses, avant d’arriver là… »